Matthieu Predal, Delta Festival

Matthieu Predal Delta Festival

150 000 festivaliers, mille aléas : l'art de gérer le risque

Cofondateur du Delta Festival

Leader Consumer 1h37

Matthieu Predal a cofondé le Delta Festival en 2014, aujourd'hui 150 000 festivaliers et 10 millions d'euros de budget. Entre inondations, décalages de calendrier et crises financières, sa conviction : le vrai métier d'un festival n'est pas d'organiser un événement, c'est de gérer le risque en permanence.

Le modèle économique d’un festival : gérer le risque plutôt qu’organiser un événement

Le Delta Festival tourne aujourd’hui sur un budget de 10 millions d’euros, réparti entre la billetterie (60%), les bars (30%) et les sponsors (10%), sans aucune subvention publique pour l’événement lui-même. La marge d’un festival plafonne au mieux à 5-10% : au moindre imprévu (inondations, décalage de calendrier lié aux Jeux Olympiques, élections municipales retardant la confirmation des dates), le compte bascule dans le rouge. La conviction de Matthieu Predal : « notre métier, ce n’est pas d’organiser un événement, c’est de gérer les risques. »

Ses fournisseurs impayés sont devenus ses partenaires

Après la première édition en 2015, qui n’attire que 7 000 à 8 000 festivaliers sur les 40 000 espérés, le déficit atteint 130 000 euros sur un budget de 350 000 euros et les fournisseurs ne sont pas payés. Plutôt que de rompre la relation, Matthieu Predal maintient le lien avec eux : certains, qui ont accepté d’attendre d’être payés, sont encore partenaires du festival dix ans plus tard. Sa formule : « nos créanciers d’hier sont devenus de véritables partenaires. »

Le Covid comme tremplin : de 40 000 à 80 000 festivaliers

En 2020, le festival est annulé, mais l’équipe se bat jusqu’au bout pour défendre le droit des jeunes à se rassembler, malgré des tensions internes avec des salariés réticents à organiser des événements en pleine pandémie. Dès la réouverture en 2021, le Delta Festival est prêt : deux événements organisés en deux mois, pour un total de 80 000 festivaliers, contre 40 000 en 2019. C’est ce rebond qui fait basculer le Delta du statut de festival local à celui d’événement national.

Le Monde des Possibles : un forum d’insertion professionnelle greffé au festival

Dès la première édition, le Delta ne se limite pas à la musique : trois villages thématiques initiaux (sport, jeunes artistes, vie étudiante) deviennent onze au fil des années, structurés sous le nom Le Monde des Possibles. Le programme dont Matthieu Predal est le plus fier, la PASD, accompagne chaque année des centaines de jeunes en difficulté jusqu’au festival et les aide à trouver un métier, un dispositif d’insertion professionnelle construit en parallèle du modèle économique de l’événement.

Convaincre la mairie : le coup de bluff dans La Provence

Pour obtenir l’autorisation d’organiser leur premier festival, Matthieu Predal et ses deux associés d’enfance, Olivier Ledot et Joris, doivent convaincre la mairie de Marseille alors qu’ils n’ont ni expérience ni structure. Leur méthode : jouer sur la crédibilité perçue plutôt qu’attendre d’avoir toutes les garanties, une audace qui leur permet de transformer une conversation nocturne sur le Vieux-Port en association créée en 2014, montée depuis l’appartement d’un des trois fondateurs.

Matthieu Predal — Cofondateur du Delta Festival

  • EM Lyon, préside le bureau des étudiants avant de revenir s'installer à Marseille
  • Cofonde le Delta Festival en 2014 avec Olivier Ledot et Joris, ses amis d'enfance
  • Quatre ans sans salaire ; 130 000€ de déficit à la première édition en 2015
  • Construit Le Monde des Possibles, le plus grand forum jeunesse de France, avec le programme d'insertion PASD
  • Aujourd'hui : 150 000 festivaliers, budget de 10 millions d'euros

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